«
Tout à l’heure, j’ai ouvert une porte. Bien que l’ayant refermée
doucement derrière moi, j’ai bien senti que je réveillais de bien
curieux habitants.
Tremblant de peurs et d’incertitudes, j’ai emprunté un chemin doux
mais dangereux, guettant le moindre bruit, le moindre mouvement.
Il était beau ce monde! bien qu’un peu effrayant !
Un souffle chaud faisait bruisser les feuilles des arbres,
s’infiltrait entre les racines découvertes, produisant des sifflements
parfois harmonieux, parfois désagréables.
Je m’étais habitué à sa présence quand, au loin, à peine perceptibles
au début, j’entendis des tic-tacs, des bling-blangs, des pouet-pouet-
tralala.
Je sais ! J’aurais pu, j’aurais dû, peut être, stopper ma marche,
reculer, m’échapper, retourner là bas, si loin déjà, dans mon havre de
sécurité.
Mais je ne le fis pas… un bruit, si l’on ne sait pas d’où il vient,
peut être inquiétant, mais là, je voyais … et c’était drôle.
Des clowns, des gnomes, des moutons à cinq pattes, des lapins-
girafes ! C’étaient donc eux qui peuplaient cet endroit ?
Ils m’entourèrent, me touchèrent, me palpèrent même. Je me laissais
faire. Après tout , ces êtres étonnants ne devaient pas pouvoir me
faire de mal. Ils étaient bien assez occupés avec leur propre folie.
Ils me confièrent bien des secrets sur moi-même, à grand renfort de
musiques et de sons les plus divers que l’on puisse imaginer. Vous
nous auriez vus! Eux très occupés à m’expliquer et moi très soucieux
de les comprendre.
Lorsque je dus les quitter, ou qu’ils me laissèrent, peu importe, je
me rendis compte à quel point ils allaient me manquer si je m’avisais
de les oublier.
Tout sourire, toute joie dans le cœur, et parfaitement rassuré, je
repris la route. Enfin ! J’essayais ! Face à moi la route se scindait
en deux ; une croisée de chemins, il ne manquait plus que ça !
A ma gauche, dans un ton des plus sirupeux, un océan de chants purs
recouvrait les pavés. Tout cela me rendait des plus méfiants.
A ma droite, un gouffre de chants durs bordait un sentier escarpé qui
avait cependant l’avantage de circuler à l’air libre. On y voyait à
cent lieues.
Me retournant, prêt à rebrousser chemin, espérant ainsi m’éviter les
troubles d’un choix difficile, j’eus la désagréable surprise de me
trouver face à un mur immense, impalpable, incommensurable,
inattaquable ! Et bruyant, qui plus est. Il ronflait, pétait,
exprimant, sans la moindre gêne, sa béatitude d’être là, imposant et
indestructible.
Pas d’espoir de ce côté-là, il me fallait donc emprunter l’un ou
l’autre chemin, avec la certitude absolue que le mur suivrait chacun
de mes pas. Je m’assis !
Les fées, ça existe, vous croyez ? Je l’ai priée longtemps,
l’invitant, la tentant, la suppliant. Rien ! Pas un signe ! Pourtant
je l’entendais sourire.
Alors j’ai crié … haut et fort ! … ma haine, mes espoirs, mes craintes
et même mes certitudes. Puis soupirant et haletant, j’ai fermé les
yeux. En fredonnant une ritournelle j’ai commencé à tourner sur moi-
même plusieurs fois, jusqu’à en perdre le nord. Et une fois que je fus
sûr de ne pas le retrouver je me mis en marche, posant un pas devant
l’autre, n’ouvrant les yeux que lorsque la peur d’en faire un mauvais
ne fut plus supportable.
J’aurais pu me réveiller là, la leçon aurait été suffisante. Les
cauchemars sont si agréables lorsqu’on a les moyens de les oublier.
Non ! Je ne rêvais pas. Devant mes yeux ébahis se tenait une porte …
ma porte ! Celle là même que je venais de pousser, quelques instants
ou quelques heures auparavant.
Dans un grand éclat de rire et les yeux plein de bonheur, celle-ci me
dit : « Entre donc mon ami, deuxième niveau ! »
ArrO (extrait: mémoire de musicothérapie, 2008)
J’avais envie de partager ce moment avec vous, de quelque coté que
vous soyez de la porte.
Il est des moments où l’on ne sait pas, où l’on ne sait plus.
M’appuyer sur des mots peut parfois m’aider a remettre les pieds sur
terre ou bien, au contraire, à les projeter vers les cieux.
ArrO