Bonjour à tous,
Concernant la « demande » de la personne à accompagner, je partage globalement l’avis de Stéphanie pour dire que même si on peut penser que l’adhésion de la personne est essentielle, il doit y avoir pour beaucoup une phase où la demande n’est pas possible… à ce moment-là, c’est plutôt le « feeling » (dont parle PODVOLL) des accompagnants qui est déterminant et ce feeling doit être collectif.
ce qui m’amène à la deuxième question sur être accompagnant.
Quelques critères qui me semblent essentiels :
- se sentir concerner par « l’ouverture de la conscience »
- la capacité de remise en question de chacun par rapport à ses limites perso (travailler sur ses « démons » comme dans le livre « Nourrir ses démons » de T. Alione) -nous en dirons plus après le séminaire fin juillet).
- la possibilité de « mettre dans le cadre » et de déposer au cours des réunions les émotions limitantes telles que peurs, doutes…
- le dialogue entre les accompagnants pour « harmoniser » le groupe (environnement sain…)
- la confiance mutuelle, en la vie, la guérison…
- le respect de soi et des autres (patients et accompagnants)
- l’acceptation par chacun des règles du groupe et du « cadre » .
- enfin, en négatif : ne pas tomber dans le rôle du « sauveur » tout puissant, l’ambiguité de la relation (transfert, etc) que cela puise être dit et clarifié au sein du groupe.
- donc une forme de sincérité, de lâcher-prise, d’humilité et de transparence.
Je vous laisse compléter!
Je vous embrasse tous très fort.
Elisabeth
Bonsoir à tous,
pour répondre aux questions d’Elisabeth…
- Il me semble qu’une personne en souffrance est prête pour l’assistance de base lorsqu’elle en ressent le besoin, elle peut aussi se trouver là par nécessité familiale, et ce ressenti peut arriver bien plus tard en elle, alors que l’AB est déjà en action.
- Je pense aussi qu’en déverrouillant son hermétisme à « l’autre » (l’étranger étrange) en général, et bien sûr avec l’aide du temps, en lui montrant qu’elle est une personne comme les autres, voire même qui peut intérresser les autres dans un échange de guérison collectif, c’est aussi remettre le monde sur un pied d’égalité, personne n’est vraiment fou, et en même temps, personne n’est vraiment normal. Donc il y a tout à faire et à découvrir ensemble sur ce qui nous habite, et nous traverse tous de la même façon, avec des variations d’intensités différentes certainement, ou une gestion de la vie émotionnelle différente. Je crois aussi que l’idée d’apprentissage peut-être un moteur, la vie ne s’arrête pas à l’échec, c’est un tremplin, et cet apprentissage est en mouvement perpétuel, (le savoir figé n’a pas de vie) c’est un ressenti, des échanges, un ensemble de personnes du groupe qui sont elles aussi en recherche d’une meilleure compréhension des choses qui nous échappent à certains moments, que l’on ne nous a pas appris. En gros, tous les savoirs nous intérressent, tous les êtres humains, tous les fonctionnements. Je crois que la grosse difficulté c’est la carapace construite par l’ego à force de souffrance et d’hermétisme face à la construction du « le camp adverse », je pense à celui d’un savoir, d’une méthode, d’un jugement, d’un mauvais accueuil, et que c’est ça qui renforce à la fois, l’identification et la préservation de la pathologie comme unique réalité, car sans ça « que suis-je ? », si l’attachement se déplace sur autre chose que la souffrance, la pathologie officielle, alors c’est une petite ouverture vers l’ailleurs qui peut inclure l’autre, puis le groupe, AB.
- les critères d’une personne prête pour l’AB : Peut-être qu’elle ait lâché prise d’avec son pathos, pour s’ouvrir à autre chose, donc je suppose, un peu d’écoute, d’ouverture, de la confusion, du doute aussi (qui est une forme de disponibilité à autre chose)…je ne sais pas bien…
- Les critères extérieurs de l’assistant AB : Je suppose qu’il faut une bonne dose d’envie, un goût pour l’inconnu et la découverte de soi et de l’autre, une capacité à oublier les savoirs de la veille, et un lâcher prise à toute épreuve au quotidien, il me semble que c’est à la fois une aventure qui parfois peut manquer de repères, et en même temps, une force intérieure de justesse, pour savoir se laisser revenir dans le concret, le pratique, le centre, la simple réalité.
Aussi voir toutes ces illusions dans lesquelles on peut vite tomber lorsqu’on est dans la relation d’aide, même celles qu’on ne voit pas venir, en tant qu’assistant de base, je suppose qu’on est comme des béquilles, et que finalement, c’est la personne qui s’aide elle même, à son rythme, avec ce qu’elle est et qui arrive à fonctionner selon son propre mode d’emploi interne loin d’une image toute faîte du fonctionnement du « prototype de l’homme normal »…donc encore du doute ici aussi. Il me semble que c’est cette présence à l’autre, même dans le rien (rien dire, faire, penser…) qui est le véritable remède, quelqu’un est là, et m’accompagne, me reconnaît même dans les états où moi-même je ne sais plus qui je suis.
Stéphanie Ollivier