Les processus de rétablissements …une identité potentielle à vivre.

L’importance de « démonter et reconnaitre les processus psychiques qui se jouent dans la psychose,…les effrayants micro-mécanismes, et d’étudier les processus de guérison ».

La peur parfois de ne pas aller au fond des choses, peur paralysante qui nous laisserait écrasé par la matière, une vaisselle à faire, du bois à couper, des détails à approfondir et mettre en place. Et puis, c’est l’accélération, la fuite en avant, la liste dressée de tout ce «  à faire, à être, à dire, à devenir » dans le mental, dans les possibles, les constructions futures,…d’un détail inaccompli vient la vague.


La guérison consiste en une réalisation permanente à accomplir durant laquelle on doit sans cesse faire face à des vérités essentielles sur sa personnalité.

Le désir de perfection, de ne rater rien, ou de ne rien faire paraitre d’imparfait, d’inabouti. Surtout contrôler, et être celui qui, plutôt que celui qui est fait, qui est menée par les choses.
La volonté de prétendre, de maîtriser les choses, la situation, la vie, la pensée, l’expérience. D’être l’exception à la règle qui sous 50m de fond respire sans aide.

C’est l’engagement d’une vie au profit de la santé mentale. Il faut apprendre comment ça marche et appliquer notre esprit critique.

A chaque instant il peut-être vu à quel niveau de saisie nous nous trouvons, à quel point nous sommes d’enclencher une accélération. Il n’y a pas de vérité absolue, mais des instants de vie, de changement, de choses à accomplir, qui s’expriment en boucle, comme un cycle qui ne cesse de se répéter jour après jour à chaque instant.
Dans le refus de cette réalité, réalité factuelle, visuelle,  que l’on a tendance à s’accrocher, à se saisir de ce qui pourrait nous rendre éternel, sans fin. Et dans le mental, dans la matière du mental, il y de quoi saisir.
L’expérience de transe n’est pas réservée aux chamanes, à chaque instant de la vie, nous en expérimentons des fragments sans même s’en apercevoir. Comme si tout pouvait être prétexte à la transe, une vibration extérieure, un son, une image, une pensée, nous ferait basculer dans le chaos. La pensée, dans son éclat, et sa puissance quantitative, peut nous prendre au piège, nous tromper et nous faire croire qu’il y a quelque chose à trouver là dedans : une équation à sortir, un résultat à accomplir, où, bien d’autres choses.


Tant que la certitude de la stérilité de la pensée qui s’emballe n’a pas était compris, le retour à ce monde de tout et rien, vitesse de la lumière, fascine.
C’est en perdant le rythme simple et sans but du quotidien, des choses qui sont faîte et se font, dans un rythme sans anticipation, sans volonté je dirai même (dans l’approche contemplative du monde), on perd pied avec le réel.

En gardant le doute près de soi, l’esprit critique, sur ce réflexe de survie de l’ego, il est des lueurs de consciences, et de compréhensions profondes de ce qu’est la justesse, et l’équilibre. Si fragile et si fort à la fois, le chemin de « la guérison, est un chemin de sagesse, de patience, de temps, et de bienveillance envers soi-même et les autres.

Au début du processus de guérison, on ressent une certaine nervosité, comme tiraillé dans deux direction opposés ; celle du monde du drame humain, et celle du monde du rêve.

Comme si il manquait une suite à l’histoire, un pont pour traverser, il est des moments de vide de doute, et de troubles.
Ca ne dure pas, c’est une évidence, et il suffit que je pense que ça va partir pour que ça parte. Comme une rêverie qui s’installe dans le présent, comme si dans la ligne du temps, un puit sous mes pieds c’était ouvert, et laissait place au vide de l’esprit. Souvent c’est une source de panique. Une sensation désagréable de ne plus rien maîtriser, alors la pensée tout mes projets sont vains s’installe, comme si parce-que le moteur avait disparu, alors plus rien n’allait se faire. Le moteur c’est le Moi, le Faire, c’est la vie. On croit faire, alors qu’on est fait, on est amené, on est agit, comme n’importe quel objet. Plutôt que vivre et accepter cet instant, le réflexe est d’enchaîner une multitude d’actions sans raison précise, seulement dans une transe volontaire pour se ramener à l’esprit qui fonctionne, qui pense, produit, et organise son temps, son énergie, et ses cibles.
Le refus de laisser entrer l’inconnu, la prochaine minute, la prochaine idée : l’action est le remède contre le mystère du fututr.

Un environnement calme et stable est d’une importance capitale dans le processus de rétablissement.

Capable d’observer.
Il y a l’intérieur, et l’extérieur, et soi, en train de voir les deux aspects de la même médaille.
Il faut se donner cette peine de revenir à l’intérieur un peu tous les jours, et voir l’avancée des « travaux ».
Comme tout ce qui nous entoure a du sens, c’est inquiétant de voir que le moindre détail a de l’importance ; alors le retour à l’état de confort et de somnolence est bien agréable et sécurisant, pour celui qui n’a pas osé passer le cap, ou qui comme dans un rêve passe à la fois de la conscience à l’inconscience, et refuse la responsabilité de son propre esprit, et de ses productions.
Il faut du temps, de la patience, et de l’observation, pour pouvoir voir les subtilités de la conscience qui nous traverse. Et une bienveillance de l’entourage, de l’environnement proche.

Cycles d’accélérations de l’esprit :

Peu importe le contenu, tout est sujet à être vécu sous forme intensifiée. Dans un mouvement de saisie, le désir devient compulsion, la compulsion perfection, celle-ci toute puissance, et encore dans un mouvement de courbe ascendante puis descendante, la dépression comme fin de cycle.
Un ami m’a dit « nous sommes les créateurs de nos propres démons, et aussi capable de les déloger, même ceux qui nous plongent dans une douce torpeur ».

Ce qui nourrit le désir, c’est cette volonté d’avoir, cette compulsion à obtenir, ce désir de ne rien laisser passer, ni espace, ni temps, ni même sagesse, celle qui sait que nous nous manipulons tout seul, dans la souffrance comme dans la joie.

Il est nécessaire de passer le cap de la dépression, pour apprécier, le vide, puis la présence à soi-même.
Ce peut-être un cycle très court, du quotidien qui nous fait comprendre notre besoin si intense de remplir, boulimie de la vie des sens : visuels (images, souvenirs, croyances), gustatifs (nourriture, boisson, …), auditifs, sexuels, ….
Comme une transe, on se drogue à la pensée, à l’image « ination » , à l’autre, au rêve éveillé que l’on s’est construit pour survivre, dans notre croyance de vivre.

Le Dr Podvoll disait que la folie, c’est entre autre chose, l’espoir désespéré (dans la saisie) pour rester en vie.
(Psychose et guérison, Ed La Tempérance)

Incapable de laisser notre identité de côté, notre histoire, notre monde mental (ou seulement par séquence), quitte à devenir fou, au moins garder quelque chose à comprendre, ruminer, construire, élaborer…une identité potentielle à vivre.

Stéphanie Ollivier

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