De l’importance de l’histoire de la santé mentale
C’est la guérison de la psychose, et non la réforme du système de santé qui demeure le sujet fondamental de cet ouvrage. Avant toute chose, cet écrit part du point de vue que la guérison authentique de la psychose est possible.
Les instants de guérison naturelle, les « îlots de clarté » comme j’en suis venu à les appeler, se produisent à tout moment dans l’expérience de la psychose ; non seulement ils peuvent être identifiés et reconnus mais ils doivent aussi être protégés. En fin de compte, ce livre raconte comment percevoir et cultiver les îlots de clarté. En effet, c’est de cette manière qu’une guérison totale de la psychose peut s’opérer et se maintenir sans avoir recours à des méthodes de traitement agressives ou physiquement intrusives. Pourtant, la possibilité même qu’une personne puisse guérir complètement de la psychose est généralement mise en doute et contestée, et de nombreuses réticences freinent encore le développement de méthodes non intrusives –comme s’il n’y avait aucune continuité entre psychose et santé mentale et que nous pouvions ignorer nos propres esprits et le potentiel effrayant de la folie en chacun de nous.
Il y a quelques années, j’ai écrit au professeur Manfred Bleuler, l’un des doyens de la psychiatrie internationale qui, durant vingt-sept ans, a repris le poste de son père comme directeur de l’hôpital Burghölzli à Zürich (célèbre depuis Carl Jung qui y a exercé) et j’ai pu lui faire part de mes propres questionnements et dilemmes quant au traitement des personnes psychotiques. J’étais préoccupé, tout comme je le suis aujourd’hui, de l’incapacité de notre culture à leur venir en aide. Sa réponse fut d’une grande ouverture.
Réagissant aux descriptions du traitement que j’effectuais, il m’écrivit :
« Puis-je mentionner certains points particuliers au regard desquels j’ai trouvé votre présentation particulièrement excellente : l’importance de « l’histoire de la santé mentale » est rarement mentionnée dans la littérature psychothérapeutique. Autant que je sache, vous êtes le premier à la décrire d’une manière aussi convaincante. Elle joue également un grand rôle dans mon travail psychiatrique. La nécessité de se libérer du préjugé qu’une personne qui a sombré dans la folie le restera toute sa vie est extrêmement urgente et vous la formulez remarquablement bien. J’ai été, pour ma part, beaucoup attaqué ces dernières années pour avoir vu et décrit la guérison de nombreux schizophrènes qui avaient été gravement malades durant de longues périodes. La critique de mon enseignement et de mon expérience se résume par l’opinion suivante : « Un patient schizophrène ne peut jamais guérir et, si vous imaginez avoir vu des cas de guérison de patients schizophrènes, c’est parce que le diagnostic que vous aviez posé était faux. » À mon avis, cette critique est irréaliste et nuisible pour nos patients. Je suis heureux de savoir que vous vous battez comme moi contre cette opinion. »
C’est dans cet esprit que j’espère présenter la perspective de la guérison et donner aux patients et à ceux qui, parmi leurs proches, sont à même de leur donner des soins, les moyens d’identifier la séquence concrète d’événements qui conduit à la folie et, de même, celle qui intervient dans le processus naturel de guérison. Par exemple, il est d’une importance capitale de prendre conscience de la dimension spirituelle de l’épreuve psychotique et de la manière dont elle est étroitement liée aux expériences corporelles concrètes. De tels aperçus de la façon dont la souffrance psychotique se crée peuvent prodiguer de précieux moments de clarté et de détente. En résumé, ce livre a été écrit pour apporter à ceux qui ont souffert de la psychose et peuvent encore y être confrontés, à leurs familles, aux psychiatres ou aux autres personnes qui travaillent avec eux, une connaissance pratique des manières et des moyens de gérer leur mental, de se protéger eux-mêmes et d’améliorer leurs conditions d’existence lors des différentes phases de la maladie et de la guérison.
Au cours des trente dernières années, j’ai été témoin de nombreux cas de guérison de personnes atteintes de psychoses les plus graves, parfois pour des mois ou des années, parfois pour la vie entière. Et, quelquefois, le niveau de guérison constaté a même surpassé la santé la plus éclatante qu’on ait pu observer avant que la maladie mentale n’apparaisse. Dans chaque cas, j’ai observé « ce qu’il fallait » pour guérir : les forces individuelles, les qualités de caractère et l’intelligence personnelle des patients. J’ai été en étroite relation thérapeutique avec ces personnes pendant, parfois, de nombreuses années et j’ai examiné la nature des relations intimes qui empêchaient ou développaient leur rétablissement. De plus, après avoir travaillé dans plus d’une douzaine d’hôpitaux et de communautés thérapeutiques, j’ai pu déterminer les aspects environnementaux et culturels qui favorisent les attitudes et disciplines nécessaires à la guérison, et ceux qui s’y opposent.
Plus récemment, j’ai eu l’occasion de créer et de diriger pendant six ans une communauté de traitement spécialisé (le projet Windhorse auquel se réfère la deuxième partie de ce livre) au sein de laquelle toutes les expériences cliniques exposées ci-dessus ont pu être réalisées. Prendre soin des personnes suivant cette approche m’a permis d’approfondir ma compréhension de la nature de la psychose et de la manière dont la guérison est possible. Je crois que ce que j’ai appris de cette expérience peut être communiqué en racontant les histoires de vie des patients –avant, pendant et après la psychose.
Ces descriptions proviennent de comptes-rendus publiés et de mes propres rencontres cliniques. Chaque cas a été soigneusement choisi pour l’éclairage qu’il offre et parce que ces perceptions ont été, à plusieurs reprises, vérifiées par mon expérience clinique. Ces cas viennent faire écho avec ce que j’ai également pu entendre et comprendre des centaines de personnes qui m’ont été présentées en supervision clinique. J’ai discuté de ces comptes-rendus avec beaucoup d’anciens patients à un moment ou à un autre. Ceux qui sont allés plus loin en lisant les travaux autobiographiques sur lesquels ils sont basés en ont confirmé la profondeur et y ont trouvé beaucoup de sagesse et de conseils pratiques. Ils y ont toujours reconnu de nombreux aspects d’eux-mêmes.
Bien qu’il existe différentes manières de devenir fou, chacun de ces cas comporte en lui-même un caractère d’universalité. Il ne s’agit pas nécessairement de cas exotiques ou concernant des personnes « d’élite », néanmoins ils traitent d’individus exceptionnels qui disposaient des capacités et du talent nécessaires pour exprimer et communiquer le drame psychotique ordinaire. Chacun entend parler pour tous ceux qui ont connu la psychose et démontrer la clarté et l’intelligence disponibles même chez quelqu’un en proie à la confusion la plus aiguë. Ceci peut sembler surprenant à celui qui pense que la psychose est seulement une confusion abjecte. Pourtant, chaque cas raconte la réalité subjective de la psychose, dans des récits pénibles, douloureux voire peut-être dangereux à exprimer, de tels récits étant connus pour agiter l’esprit et provoquer une critique acerbe. Parmi ces personnes, nombreuses sont celles qui ont guéri à un degré ou un autre et chaque cas met en lumière et clarifie des principes de base de la guérison. Tous apportent ou indiquent des conseils et recommandations dont toute personne confrontée à la psychose a un besoin urgent pour son propre traitement et, ce qui est tout aussi important, ils lui apprennent qu’elle a besoin des autres. Ces recommandations ont donné lieu à une méthode de traitement. C’est le thème des derniers chapitres qui donnent des conseils utiles ainsi que des instructions précieuses à toute personne impliquée dans la création d’un environnement thérapeutique.
Tandis que de nombreux cas sont évoqués au fil des pages, quatre portraits principaux nous révèlent des aspects habituellement cachés de l’expérience psychotique, y compris l’action d’une intelligence subtile qui, au final, est précisément ce qui rend la guérison possible. Les éclairages qu’apportent ces quatre histoires sont si importants par rapport aux questions soulevées par la création d’un foyer thérapeutique qu’elles constituent à elles seules la première partie de ce livre. À l’image d’un microscope dont les loupes nous transmettraient une image de plus en plus détaillée d’un échantillon, ces histoires suivent l’évolution de la psychose d’une suite incontournable d’événements jusqu’à des lueurs momentanées de conscience. Le premier chapitre nous décrit, du début à la fin, le panorama intégral de l’expérience psychotique, traversé lors de la guérison héroïque d’une personne totalement seule et contre laquelle le sort s’acharne. Le deuxième chapitre nous présente le portrait de l’une de nos extrémités humaines, l’énergie et la puissance sauvages de la psychose maniaco-dépressive. Le troisième est tiré des carnets de bord d’un homme devenu fou alors qu’il se trouvait seul en mer. Il nous entraîne dans les profondeurs de la transformation psychotique jusqu’au seuil critique où la manie devient mégalomanie. Le quatrième portrait est celui d’un poète français qui s’est délibérément plongé dans l’esprit psychotique afin de comprendre les fonctionnements les plus fondamentaux et élémentaires de la conscience humaine, ainsi que ses éléments constitutifs.
La deuxième partie du livre suit une séquence inversée d’événements : la vision s’étend à partir d’une conscience fragmentaire de l’intelligence de l’esprit en guérison (« les îlots de clarté ») pour englober la totalité d’un environnement thérapeutique, avec des recommandations concernant le traitement et le mode de fonctionnement à adopter. Le premier chapitre, un cas historique de guérison, nous montre à quel point la guérison de la psychose dépend de la santé de l’environnement entourant le patient. Le chapitre suivant décrit comment une « équipe thérapeutique » spécialisée peut créer et protéger un environnement thérapeutique sain et empli de compassion. Le chapitre final explique comment appliquer, dans sa propre vie, les informations sur la folie et la guérison présentées dans cet ouvrage. Il inclut la manière de créer un « foyer thérapeutique » et présente le fonctionnement d’un petit hôpital.
Tout au long de cet ouvrage, nous avons abordé plusieurs conceptions différentes de la pensée médicale concernant les problèmes immémoriaux de la psychose. Outre la vision de la psychiatrie et de la psychanalyse, j’ai également pris en compte la perception de l’esprit et de son fonctionnement que j’ai retirée d’années de pratiques et d’étude de la psychologie bouddhiste, en particulier du bouddhisme Vajrayana. De plus, les conceptions thérapeutiques des traditions amérindiennes, de la science du yoga et d’autres traditions chamaniques trouvent ici un certain écho. Cette combinaison d’éclairages psychologiques et de pratiques a permis de suivre, à chaque instant, les événements de l’esprit psychotique, révélant une « micro-psychologie » de la psychose et une compréhension approfondie de ses expériences les plus intérieures et les plus secrètes. Cette réunion de disciplines thérapeutiques aide à rendre plus lumineuse la nature de la santé mentale et met en valeur les expériences universelles qui en facilitent le rétablissement.
décembre 23rd, 2008 à 19:34
bonjour
il y a un mois j’ai fumer un join et j’ai fais un terrible bad trip depuis je fais des crise d’angoisse et jais peur de devenir fou et a se qui parais j’ai 10% de chance de devenir schizophrène si j’ai un de mes parent qui en soufre je devrais faire quoi comme traitement pour que je sois sure que sa se déclenche pas.