Les processus de rétablissements …une identité potentielle à vivre.

8 février 2010

L’importance de « démonter et reconnaitre les processus psychiques qui se jouent dans la psychose,…les effrayants micro-mécanismes, et d’étudier les processus de guérison ».

La peur parfois de ne pas aller au fond des choses, peur paralysante qui nous laisserait écrasé par la matière, une vaisselle à faire, du bois à couper, des détails à approfondir et mettre en place. Et puis, c’est l’accélération, la fuite en avant, la liste dressée de tout ce «  à faire, à être, à dire, à devenir » dans le mental, dans les possibles, les constructions futures,…d’un détail inaccompli vient la vague.


La guérison consiste en une réalisation permanente à accomplir durant laquelle on doit sans cesse faire face à des vérités essentielles sur sa personnalité.

Le désir de perfection, de ne rater rien, ou de ne rien faire paraitre d’imparfait, d’inabouti. Surtout contrôler, et être celui qui, plutôt que celui qui est fait, qui est menée par les choses.
La volonté de prétendre, de maîtriser les choses, la situation, la vie, la pensée, l’expérience. D’être l’exception à la règle qui sous 50m de fond respire sans aide.

C’est l’engagement d’une vie au profit de la santé mentale. Il faut apprendre comment ça marche et appliquer notre esprit critique.

A chaque instant il peut-être vu à quel niveau de saisie nous nous trouvons, à quel point nous sommes d’enclencher une accélération. Il n’y a pas de vérité absolue, mais des instants de vie, de changement, de choses à accomplir, qui s’expriment en boucle, comme un cycle qui ne cesse de se répéter jour après jour à chaque instant.
Dans le refus de cette réalité, réalité factuelle, visuelle,  que l’on a tendance à s’accrocher, à se saisir de ce qui pourrait nous rendre éternel, sans fin. Et dans le mental, dans la matière du mental, il y de quoi saisir.
L’expérience de transe n’est pas réservée aux chamanes, à chaque instant de la vie, nous en expérimentons des fragments sans même s’en apercevoir. Comme si tout pouvait être prétexte à la transe, une vibration extérieure, un son, une image, une pensée, nous ferait basculer dans le chaos. La pensée, dans son éclat, et sa puissance quantitative, peut nous prendre au piège, nous tromper et nous faire croire qu’il y a quelque chose à trouver là dedans : une équation à sortir, un résultat à accomplir, où, bien d’autres choses.

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Accepter le rythme et la liberté de l’autre …

30 janvier 2010
…..J’ai mis du temps, un espace, de la réflexion avant de reprendre le clavier pour témoigner de nouveau. Je voudrais juste citer les quelques notes prises le premier jour de la formation d’ Assistance de Base :
“notre propre impuissance est derrière notre énervement”
“la défaillance d’accueil de la personne la où elle est permet le déséquilibre, la blessure destructurante”
“la volonté pour l’autre est une emprise”.
Tout est là, accepter le rythme et la liberté de l’autre. Cela fait miroir à qu’est ce qui dans notre rythme, notre liberté, n’a pas été accueilli, respecté, pour que celà soit si dur d’être dans cette acceptation de l’autre, quel qu’il soit.
Il y a eu aussi des incidents et à chaque fois, je me suis retrouvée dans l’un de ces trois cas de figure. Alors peu importe si il dort à la maison à l’hôpital ou dans une autre structure si le lien est créé en l’acceptant là ou il est.
Concernant ces incidents ils ont lieu toujours la veille du jour où est prévu l’injection. La tension monte en chacun de nous, certainement à l’idée de retourner à l’hôpital pour lui et à l’idée de me demander si il va avoir l’initiative d’y aller pour moi. Afin d’éviter cette tension mon fils m’a carrément demander de l’accompagner dés le matin, alors qu’il était prévu d’y aller l’après-midi
Concernant la mise en place du groupe, je commence à peine à en parler à des personnes susceptibles de le former car un évènement important est en train de se réaliser auquel je laisse tout l’espace nécessaire.
Depuis le retour de la formation d’Assistance de Base, la relation conflictuelle avec mon ex-mari a cessé. Une relation de respect et d’écoute est entrain de se nouer entre le père et le fils autour de la pratique du surf. Et pour la première fois depuis des années, mon fils a passé un dimanche complet la semaine dernière puis un week-end complet cette semaine avec son père. Il est revenu heureux de la qualité de la relation qu’il a vécu avec son père.
Je suis très très heureuse et mon fils se trouve plus serein.
A très bientôt
N

En ce nouvel an que chacun puisse aller de l’avant …

12 janvier 2010

Bonsoir à toutes et tous et spécialement au groupe que j’ai eu le
privilège de découvrir au module de décembre 09.

En cette nouvelle année, j’espère que la compassion saura nous
accompagner tout au long de ce chemin si particulier qui nous a fait
croiser celui de Elisabeth et Bernard.

Lorsque je suis revenu le samedi de Noiretable, Mon fils était déjà
arrivé de l’hôpital depuis la veille en début d’après-midi. Et il
était tout heureux de retrouver son “home sweet home”. Il est clair
que j’ai accepté qu’il ai des initiatives que je ne lui accordait
plus ou pas. Je veille à partager certaines activités avec lui et
dorénavant je lui propose régulièrement de m’accompagner à certains
endroits comme faire des courses ou il peut choisir lui-même ce qui
l’intéresse. Nous sommes allés au marché provençal, à carrefour et à
la petite supérette du coin.
Aujourd’hui mon fils va seul à Carrefour en bus si cela lui chante, et
va faire ses emplettes tout seul dans la ville.
C’est comme ça qu’un jour alors que je lui proposait de composer tous
les 2 le repas, il a eu envie de réaliser une omelette qu’il a
parfaitement réussi avec quelques conseils de préparation.
Il a eu l’initiative de s’inscrire à la médiathèque, boude encore le
livre que je lui est offert “être acteur de sa vie” mais vient
d’acheter les 4 accords Toltech et un bol tibétain. Il a choisi de se
réinscrire à Pôle emploi alors que je lui expliquait qu’il pouvait se
reposer encore un peu si cela qui lui convenait.
Il est vrai que le changement de comportement qui s’est opéré en moi
lors de ce stage, agit sur celui de mon fils. Je veille à chaque
instant à lui laisser la liberté d’action si minime soit-elle et la
responsabilité de petites choses de la vie quotidienne, qu’il était
devenu normal de prendre en charge au fil du temps “pour aller plus
vite”. Aujourd’hui, j’accepte le rythme, l’originalité, la différence
qui d’ailleurs s’estompe aussi.
Concernant la mise en place de groupe je suis au point mort comme si
il fallait que j’ancre en moi dans un premier temps un nouveau
dialogue un nouveau comportement et je sache accueillir mon fils
différemment. Mais je sais qu’il est très important de le mettre en
place. Pourquoi et bien tout simplement parce que je commence à
m’essouffler et à avoir envie de m’énerver comme aujourd’hui !!! C’est
pour ne pas en arriver à ce stade que le relai du groupe est
indispensable.

A très bientôt
N.

Témoignage sur la deuxième session d’Assistance de Base

11 janvier 2010

Bonne année à vous également,

J’ai passé les fêtes en Allemagne, plutôt chaleureux et froid également.
Je dois dire que la deuxième session d’Assistance de Base à remué pas mal de choses, et encouragée à l’action.
J’ai commencé par m’inscrire à la formation d’art thérapie, et je remplis avec intérêt le tableau de projet de vie, ainsi que le carnet de bord de l’accompagnateur. C’est une bonne aide, le fait de mettre sur le papier, et de se donner les moyens d’aller au bout de ce qui est écrit, même si parfois j’ai l’impression de marcher sur un nuage de tout est possible, ou inversement de penser avec découragement qu’il va en falloir du temps avant que tout ce que j’ai écris soit inscrit dans la réalité, bref le cycle espoir crainte vu clairement pour ce qu’il est, je me rassure en pensant au chemin, et ça marche… et pour le carnet d’accompagnateur, lorsqu’il y a des tensions, de la pression ou des choses à clarifier, le fait de revenir sur le processus et de le décomposer m’a bien servi, comme “clefs” pour sortir justement de ces états excessifs, ou décentrés.
Le pratique de Tonglen ainsi que les visualisations inspirantes ou les liens de co-dépendances fonctionnent bien, lorsque je ne le fais pas c’est pour calmer mon côté systématique dans la pratique.
Et puis dernière chose, je réalise combien c’est constructif de passer quelques jours à la tempérance, et combien c’est difficile aussi de revenir dans l’environnement “de toutes les dépendances” où il faut travailler encore, pour arriver à créer ce que l’on a connu d’harmonieux, ou sent ce qui est harmonieux pour soi.
j’ai vraiment pris conscience de tout ça et y a du pain sur la planche, comme on dirait ….

En tout les cas merci à tous les deux pour votre façon de travailler, et votre accompagnement, et bien entendu à ceux qui viennent aussi et qui créer le cercle de guérison…
Que 2010 soit un encouragement pour tous !

à bientôt
Stéphanie

Envoyé le : Mer 6 janvier 2010, 17 h 37

Témoignage sur la première session d’Assistance de Base

11 janvier 2010

Je voulais apporter mon témoignage après l’expérience vécue au cours du premier module d’assistance de Base en octobre -

Le fait est que je me trouve d’une certaine façon des deux côtés de la barrière, ayant vécu des épisodes dits “psychotiques” il ya maintenant 35-40 ans, (j’en ai 52) avec des résurgences à certains moments, de plus en plus “douces” si l’on peut dire - et désirant maintenant être du côté de celle qui accompagne.

ça a été dur pour moi de me mettre en jeu lors de la formation et de laisser remonter cet aspect de ma vie, avec cette fameuse notion et surtout appellation de “psychose” , mais c’était necessaire - j’ai l’impression de m’être arraché une épine du pied ! Ca me hantait et je ne savais pas quoi faire de cette “chose” vécue et indicible -( et ce qu’elle implique de peur, d’enfermement et d’incompréhension; c’est de l’ordre du tabou - à qui dire que l’on a vécu ces expériences ? hormis lorsque l’on est dans le clan des “artistes” et que l’on peut s’autoriser - socialement j’entends- à faire un certain va et vient -)

L’expérience est nouvelle pour moi puisqu’ on ne se confronte pas aux problèmes simplement dans le huis clos d’une thérapie, mais avec cette micro-société qui se reforme lors des stages - et tout spécialement celui d’assistance de Base- la parole résonne différemment, elle est portée, acceptée, elle devient vivante et prend plus d’ampleur avec le groupe - elle peut donc se transformer et aider à se transformer d’une manière que je ne connaissais pas encore - on peut trouver alors une forme de confiance.

J’ai eu l’impression, en rentrant chez moi, d’enfin pouvoir poser mes bagages “à la maison”, et être tranquille, pouvoir avoir - et voir, sentir très nettement- mon “espace intérieur” à la fois “protégé” et en résonance- J’ai bien apprécié que Bernard et Elisabeth soient présent en même temps, je trouve très positif qu’ils nous aient montré deux éclairages parfois - c’est bien -

.. Et j’apprécie énormément qu’il y ait ces échanges par mail après coup -

Bon courage à tous!

Bien amicalement,

Biétrix

COLLOQUE “LA PSYCHOSE REMISE EN CAUSE”

4 novembre 2009

Dimanche 13 décembre 2009
Salle des fêtes,
06140 Tourrettes-sur-Loup
10h00-18h00

(salle située à côté du parking public de la Madeleine,
à l’entrée du village, sur la droite, en venant de Vence)

Une rencontre organisée avec la collaboration
de l’association Cercle de Jade

Réservation requise :

  • par téléphone au 04.93.32.07.86 (du mardi au dimanche, heures de bureau, ou laisser un message sur le répondeur)
  • ou par email, en indiquant nom, prénom, adresse postale et téléphone(s) : colloque@altersante.info

Tarif :

10 € à l’entrée + donation libre
10 € servent à couvrir les frais de location de salle et publicité.
Donations partagées à moitié entre conférencier(e)s et organisateurs.
Sommaire provisoire :

J’étais différent des autres

1 juin 2009

Depuis ma toute petite enfance j’ai toujours compris que j’étais différent des autres.

Avec du recul je constate que j’étais dans un monde comparable à celui des autistes. Ma famille toute entière est sujette à des troubles psychiques. Je me suis très tôt rendu compte que beaucoup d’éléments illogiques régissaient les comportements de notre famille.

J’ai compris ces dernières années que des oncles “lointains” avaient également eu des troubles du comportement.

L’enracinement si profond des convictions des sujets “fragiles” ayant développés des pathologies psychiques est ce qui les empêche de guérir. Ces sujets ont trop souffert et le travail pour guérir dépend uniquement du sujet lui-même.

Les psychiatres et l’entourage ne sont que des repères pour le sujet. Il doit les prendre en considération pour trouver le chemin de sa vie, mais doit avant tout compter sur son travail.

Retrouver la Santé Mentale

10 septembre 2008

Article paru dans le numéro 22 du bulletin de liaison de l’association Espoir 54.

A l’occasion de la Semaine d’Information sur la Santé Mentale le film suisse « Someone beside you » d’Edgar HAGEN, a été présenté au Forum de l’IRTS devant un public curieux, intrigué, décontenancé à certains moments, tant ce film autour de la pensée et de l’œuvre du psychiatre et moine bouddhiste intrigue et sort des sentiers battus.

Il fallait aller plus loin et se plonger dans le livre écrit par le Docteur Edward PODVOLL lui-même sous le titre original de « Retrouver la santé mentale » dans sa deuxième édition de 2003, mais dont le titre en français est devenu « Psychose et guérison : le chemin de la compassion ».

Ce livre imposant de près de 400 pages est donc paru en français aux Editions de la Tempérance, fin 2007. La Tempérance est un Institut de formation créé par Bernard et Elisabeth FRIT dans le Puy-de-Dôme. Lorsque ces derniers ont appris que le film allait être passé à Nancy, ils ont très gentiment adressé quelques exemplaires du livre aux organisateurs et animateurs de la soirée.

Le travail de toute une vie

Le Docteur PODVOLL, décédé en 2003, était psychiatre et psychanalyste, élève d’Harold SEARLES et de Frieda FROMM REICHMANN, diplômé de l’Institut Psychanalytique de Washington. Clinicien et enseignant très impliqué dans le traitement des psychoses il se tourna, parallèlement à ses recherches cliniques, vers la méditation bouddhiste afin d’approfondir sa compréhension des mécanismes de l’esprit humain.

Cet ouvrage parachève le travail de toute une vie au service de la guérison de la psychose.

La préface indique : « Tous les chapitres de ce livre démontrent que, conjointement et au sein même de la souffrance psychotique, existent toujours, en potentiel, la clarté et l’ouverture de l’esprit et du cœur », et l’épilogue ajoute : « l’intention de ce livre est d’inspirer à notre société plus de compassion dans notre manière de traiter les malades mentaux. A un degré ou un autre, ceci s’applique à chacun d’entre nous, car la folie est le souci de tout le monde : si vous avez un esprit, celui-ci peut devenir fou ; tant qu’il y a de l’égocentrisme, perdure la possibilité que la psychose s’en empare ».

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Critique dans le Bulletin des Médecins Suisses

9 septembre 2008

Une critique assez approfondie de Psychose et Guérison par Philippe Huguelet dans le Bulletin des Médecins Suisses” de Juillet 2008.

Voici la première page de l’article :

Article 1ere page

Le soin aux patients souffrant de troubles psychotiques
reste complexe. Les traitements pharmacologiques
sont la plupart du temps indispensables,
quoique largement insuffisants. Par
conséquent, l’approche psychosociale qui l’accompagne
représente un défi pour le clinicien.
Dans ce sens, des travaux récents mettent en
exergue le principe du rétablissement, qui implique
de prendre le patient comme acteur de
son projet de vie et ce même si d’éventuels symptômes
persistent [2]. Malgré cela, de nombreux
systèmes de soins s’obstinent à perpétrer une
psychiatrie paternaliste, voire asilaire dans laquelle
le patient n’a qu’un rôle passif.

Le rétablissement
C’est dans ce contexte que s’inscrit le livre
d’Edward M. Podvoll. Ce médecin fut formé au
traitement des psychoses par Harold Searles à
Chesnut Lodge, aux Etats-Unis [3]. Fort de cet
enseignement psychanalytique, il se tourna ensuite
vers la méditation bouddhiste puis créa en
1981 le projet Windhorse dans le but de soigner
des patients souffrant de psychose, en impliquant
notamment des préceptes bouddhistes. Le présent
ouvrage décrit cette démarche. Il consiste en
la traduction d’un livre paru en 1990, complété
dans cette édition par deux annexes.

Phénoménologie
Une première partie expose les situations de personnages
historiques ayant décrit leurs propres
épisodes psychotiques, spontanés ou consécutifs
à la prise de substances. L’auteur nous amène
à une compréhension phénoménologique intime
de ces expériences. De manière très convaincante,
il décrit le début de la psychose, caractérisée par
la perte de contrôle. «On ne peut ni s’arrêter, ni
commencer; une sorte de vaste système d’inertie
a disparu […]. C‘est une zone de choc, l’expérience
universelle, […] l’état second» (p. 157). De
cet «état second» naissent ce que l’auteur appelle
les micro-opérations, p. ex. l’accélération des
idées, leur répétition, multiplication, prolifération
… Dans cet état subsistent des «îlots de
clarté», desquels la reprise de contact avec le
monde va être envisagée dans le traitement. «Il
n’est pas sot de dire que c’est l’hallucination qui
rend fou et non pas la folie qui donne l’hallucination
…» (p. 152). Très justement, l’auteur
observe que ce tableau clinique impose deux
réponses possibles: celle de se déchaîner ou celle
de devenir apathique.
C’est à cette phénoménologie que le thérapeute
va être confronté dans son contact aux patients.
«Le retour à la santé ne peut se produire
qu’au sein d’un environnement sain, dans une
atmosphère de compassion et de respect, qui
peut favoriser le déroulement des étapes de la
transformation» (p. 139). Podvoll mentionne
une situation illustrative au XIXe siècle: «[…]
pour atténuer cette influence médicale, [le patient]
milita de plus en plus pour que les prêtres
participent aux soins des aliénés» (p. 83).

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“Libéré sans Parole” de Claudette Rossi - Extrait n° 1

22 août 2008

Premier extrait du texte “Libéré sans Parole” de Claudette Rossi, dans lequel elle nous relate sa “prime rencontre” avec Monsieur H., pensionnaire depuis 32 ans de l’hôpital psychiatrique au sein duquel elle intervient. Elle sera, par la suite, amenée à accompagner sa sortie et son installation définitive hors des murs de l’établissement.

La prime Rencontre

Alors que je traversais le parc de l’hôpital, par une douce journée de printemps, je l’ai aperçu. Il était arrêté, mains dans le dos, allure nonchalante, l’air rêveur et le regard perdu dans la contemplation d’un arbre en fleurs, nimbé d’or. Son visage, tendu vers le ciel, était d’une sérénité contemplative. Son corps, légèrement incliné en arrière, tel un « roseau pensant », semblait animé d’un balancement à peine perceptible, comme s’il était bercé par des bras invisibles, au son d’une musique sacrée. Vision insolite qui a attiré mon attention. Je me suis arrêtée un instant et l’ai regardé en silence pour ne pas troubler cette scène singulière, car il ressemblait à un poète en quête d’inspiration. Il semblait totalement détendu, perdu dans un ailleurs invisible, et humait, avec délectation, aurait-on dit, les premières effluves printanières, entièrement abandonné à sa méditation. Cependant, un trait paradoxal flottait dans ce tableau bucolique. Qu’était-ce donc ? Sa stature, la forme de son visage, sa barbe, tout en lui me faisait penser à Victor Hugo et cependant - était-ce là le paradoxe ? - quelque chose de béotien émanait de lui. Les béotiens, habitants de la Béotie, région de Grèce, passaient, chez les grecs de l’Antiquité, pour ignorants et sans esprit. Par extension, un béotien est un être lourd, peu ouvert aux lettres et aux arts, de goûts grossiers. Qu’est-ce qui, dans ce tableau lyrique, pouvait bien m’évoquer ce trait philistin ? Peut-être son aspect mastoc, trapu, sa silhouette massive.

Après l’avoir regardé pendant quelques secondes en silence, je me suis avancée vers lui pour lui adresser la parole. Je l’ai salué avant de lui dire qu’il ressemblait à un poète… Émergeant de sa contemplation avec lenteur, il s’est tourné vers moi sans diligence, m’a écoutée et a éclaté de rire, une étincelle de joie vive dans les yeux. Nous avons conversé un instant avant de nous séparer. Première rencontre qui aurait pu s’exprimer dans une églogue, petit poème pastoral ou champêtre, comme en écrivaient Virgile ou Ronsard, tant elle était extravagante et poétique.

Les rencontres suivantes furent plus prosaïques, car elles ont toutes eu lieu dans le self de l’hôpital, où Monsieur H. passe parfois de longues heures, assis, seul, les bras croisés appuyés sur une table, le corps avachi, penché en avant, menton dans la poitrine, l’air renfrogné et bourru. À chacun de mes passages, quand je le voyais fermé, peu accessible, je n’allais vers lui que s’il levait les yeux, m’invitant, en quelque sorte, à le rejoindre. Quand il ne veut pas qu’on l’aborde, il enfonce davantage le menton dans le cou, rehausse un peu plus les épaules, comme s’il voulait se dissimuler à l’intérieur de lui-même. Ces autres rencontres ont été rares et ont émaillé ces trois dernières années.

Ce personnage hétéroclite m’a, ce jour de printemps 2005, ouverte à un désir professionnel. Désir qui est resté en suspens jusqu’à ce que le Docteur Z. m’interpelle, le mercredi 13 février 2008, pour me formuler sa requête.

Avant d’aborder l’anamnèse de Monsieur H., et de relater le travail effectué par les professionnels du soin au cours des trente deux dernières années - sa première hospitalisation datant de 1976 - je vais développer un questionnement professionnel, suscité par une situation vécue dans le cadre de son « projet » de sortie. Pour mieux comprendre cette interrogation, il est nécessaire de savoir que depuis son arrivée dans notre secteur, il y a seize ans, il s’est peu à peu coupé du monde extérieur, ne sortant plus de l’enceinte du parc de l’hôpital depuis des années.